Guerre en Irak: ces prestigieux éditoriaux qui ont trompé l’opinion

waronterror-economist-whywarFévrier 2003, c’était la réunion du conseil de sécurité de l’ONU (le duel Powell/Villepin) sur la question irakienne.  Contrairement (peut-être) à une idée reçue, un nombre important de journaux américains avaient de sérieux doutes sur le bien fondé de la guerre en Irak.

Dans un article consacré à une équipe d’investigation particulièrement perspicace, d’un obscur journal régional, on apprend que leur «secret» était de garder la tête froide, et de recouper les déclarations du gouvernement avec les informations du domaine public, par exemple, la version déclassifiée du rapport des services secrets remis au Congrès sur le dossier irakien (le “National Intelligence Estimate”).

Certains prestigieux organes des presse, les mieux à même d’influencer les couches supérieures de la population, ont servi de formidable caisse de résonance à la propagande va t-en guerre de l’administration américaine. Nous passons en revue quelques unes de leurs «unes» de février 2003, et leurs (peu crédibles) méa-culpas ultérieurs, quand la menace des armes de destructions massives est tombée à plat. C’est l’occasion, également, de mettre à jour des informations qui sont toujours ignorées du grand public, notamment l’Irak Liberation Act, loi signée par Clinton en 1998, qui faisait de la chute du régime irakien un objectif officiel des É.U.

nytimeslogoLeur éditorial au moment clé du sommet onusien, intitulé «Désarmer l’Irak», concluait comme suit:

«Le Conseil de sécurité n’a pas besoin d’attendre des rapports [que l’on sait à l’avance] évasifs [de la part des inspecteurs d’armes en Irak] pour prendre sa décision. Il faut un désarmement immédiat de l’Irak, par la force s’il le faut.»

En septembre de la même année, le Times révisait son jugement, dans un éditorial intitulé «La recherche infructueuse d’armes de destructions massives»:

«Notre éditorial n’était pas pour la guerre, mais il en acceptait les prémisses: comme le président Bush, nous pensions que S Hussein cachait des quantités potentiellement massives d’agents chimiques et biologiques, et développait des armes nucléaires. Nous avions tort, mais l’on ne saurait mettre en cause l’administration: ses conclusions se fondaient sur les meilleurs renseignements disponibles, qui avaient par le passé amené l’administration Clinton aux même conclusions […] »

Si par «mêmes conclusions» il faut entendre «mesures de rétorsions contre L’Irak», celles-ci étaient déjà en place depuis Bush ’41’ (le père), et elles avaient fonctionnées (au prix d’un désastre humanitaire): le régime irakien avait coopéré dans le domaine du désarmement. En 1998, cependant, il n’était plus question de désarmer l’Irak, mais faire tomber le régime, un objectif explicitement formulé dans une loi, l’Irak Liberation Act, signée par le Pdt Clinton. Ce point aurait dû mettre la puce à l’oreille des journalistes couvrant le dossier irakien. Il ne figure dans aucun «méa culpa» (dans notre revue non-exhaustive), et demeure inconnu du grand public (il est évoqué dans la nécrologie de Al Chalabi, le sulfureux opposant au régime irakien qui faisat partie de ces fameuses sources rétrospectivement peu fiables).

En mai 2004, le Times faisait apparemment son méa-culpa dans un éditorial intitulé «Le [New York] Times et l’Irak». L’article commence par un auto-satisfecit: «Dans les années qui précèdent, nous avons jeté une lumière crue sur les décisions qui ont amené à la guerre en Irak». Il poursuit en passant en revue les erreurs commises par le journal, les mettant essentiellement sur le compte des risques inhérents à la profession, des défauts dans le recoupages des informations etc., autant de raisons visant à disculper ses journalistes:

Les articles erronés étaient divers dans leur paternité et les aspects qu’il traitaient, mais ils avaient en commun ceci: ils s’appuyaient sur des sources irakiennes partisanes du changement de régime; des personnes dont la crédibilité a été mise en cause dans les dernières semaines. […] De plus, ces sources étaient confirmées par l’administration [américaine], dont certains membres nous disent maintenant qu’elles ont des doutes.

Pour résumer, le Times présente ses excuses pour le fait que des sources partisanes les aient, eux et l’administration Bush, trompés…

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Entre août 2002 et mars 2003, le Wa Po a publié 140 articles en première page plaidant en faveur de la guerre en Irak.

Dans l’éditorial de février 2003, intitulé «Nous, va t-en guerre? Réponse aux lecteurs», le WaPo répond aux critiques, jugées sérieuses, de ses lecteurs, un exercice de rhétorique aboutissant à la même conclusion («Guerre hâtive? Nous tenons le même point de vue sur S Hussein depuis toujours»). En août 2004, le directeur de l’équipe éditorial, qui est resté à ce poste jusqu’en 2015, s’est livré à un semblant de méa-culpa :

On était tellement concentré sur ce que l’administration Bush faisait que l’on a négligé ceux qui mettaient en doute sa justification pour faire la guerre à l’Irak.

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En titre de la couverture de l’édition de février 2003 du magazine The Economist: «Pourquoi la guerre serait justifiée?»  Titre au conditionnel, mais prudence de pure forme au regard ne serait-ce que du sous-titre: «Saddam Hussein doit être désarmé, par force s’il le faut».

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