Un amour de procureur Molins, ou la presse au service de l’État

molins-conference-presseLe Monde : « Les guerres révèlent des généraux, les attentats ont fait surgir François Molins. » Libé, par la voix de son nº2, Johan Hufnagel (biographie / OJIM) : « Monsieur le procureur, je vous aime ». Molins ne parle pas pour ne rien dire lors des ses conférences de presse, c’est à peu près autour de ce thème que brode la propagande d’État censée nous rassurer et nous souder contre « le monstre » de l’EI (la névrose qu’il provoque dans l’opinion présentant l’intérêt pour certains responsables politiques de leur refaire une santé).

Slate relève toutefois une tâche sombre  chez ce héros providentiel de la République : en 2011, Hollande reprochait à Sarkozy la nomination de Molins au poste de procureur, relayant ainsi le grief du syndicat de la magistrature : « signal désastreux de nommer un directeur de cabinet à Paris[, celui du garde des sceaux, sous la direction de Alliot-Marie et Michel Mercier, succéssivement,] dans le climat d’affaires actuel qu’on connaît… ».

Slate aurait gagné à nous éclairer totalement sur son bilan. Ce billet tente d’y remédier, sans garantie d’exhaustivité. C’est aussi l’occasion de revenir sur quelques perles journalistiques (du Monde), et passer en revue certaines tares de la société française qui avaient déjà fait l’objet de billet du même auteur (le notariat au dessus de l’État…)

2005, drame de Clichy-sous-Bois : Molins, alors procureur de Bobigny, tort les faits pour blanchir les policiers

Alors procureur de Bobigny, il avait dans un premier temps refusé d’ouvrir une information judiciaire sur la mort de deux jeunes gens de Clichy-sous-bois poursuivis par la police et tués après s’être réfugiés dans un transformateur électrique. Cette absence de poursuites convenait au ministre de l’Intérieur d’alors Nicolas Sarkozy, qui avait publiquement dédouané les policiers, mais avait été vue comme l’un des facteurs des violences ayant ensuite embrasé les banlieues. http://www.humanite.fr/francois-molins-procureur-de-paris-la-justice-sous-bonne-garde-presidentielle

La police des polices […] apporte un démenti à la version du procureur de Bobigny, François Molins. Le magistrat a toujours affirmé que les adolescents s’étaient crus à tort poursuivis par certains des dix-sept policiers présents ce soir-là lorsqu’ils ont pénétré dans le transformateur. http://www.20minutes.fr/france/125828-20061208-drame-clichy-igs-tacle-police

2009, la garde des sceaux Michèle Alliot-Marie (la mal aimée du printemps arabe), qui a pour dircab Molins‚ cherche à étouffer le dossier des évadés fiscaux de HSBC.

michele-alliot-marie-ump-ministre

“Placardisé” désormais à Bourges, de Montgolfier n’a pas hésité à faire part aux sénateurs de ses “désillusions” quant au traitement de ce dossier. Ainsi, il a relaté que la ministre de la Justice, à l’époque Michèle Alliot-Marie a, en 2009, failli céder aux pressions de la Suisse qui exigeait de se faire restituer ces données informatiques sans qu’aucune suite ne soit donnée. “J’avais reçu du ministère l’ordre de les rendre aux Helvètes, puis, le lendemain un article fort opportun sur les fichiers HSBC est paru dans le Canard Enchaîné -dont je tiens à dire que je n’étais pas l’instigateur- et, dans l’après-midi, un ordre contraire est arrivé du ministère, disant qu’on pouvait garder et exploiter ces données”. http://www.challenges.fr/economie/20120523.CHA6658/mais-qu-est-devenue-la-liste-woerth-des-3-000-evades-fiscaux-le-procureur-montgolfier-temoigne.html

Des détails sur l’implication de Molins sont relatés dans le livre intitulé La Clef.

hsbc-montgolfier-molins

 2010, Molins invite le Conseil Supérieur du Notariat (CSN) à remédier à « l’anormalité » de la « cagnotte secrète des notaires ». En vain !

Le notariat est aujourd’hui à la tête d’un véritable empire financier, qui pèse plusieurs milliards d’euros, mais qui le place à la limite de la légalité. Parmi les activités de ce holding, les notaires vendent en effet dans leurs études des placements financiers que la profession produit elle-même et dont les bénéfices reviennent… à la profession ! […] Au cabinet de Michèle Alliot-Marie, on n’apprécie guère ces montages. […] Le directeur de cabinet de la ministre, François Mollins, lui-même, prend la peine d’écrire plusieurs lettres au président du CSN – en vain, toujours. Le dernier courrier soulignant « l’anormalité de la situation » est même resté sans réponse… http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/10/11/01016-20101011ARTFIG00689-la-cagnotte-secrete-des-officiers-ministeriels.php

Quand on vous dit que le CSN, instance crée sous Vichy pour les besoins de l’aryanisation économique des biens juifs (c’est à dire leur spolation, tabou absolu pour ce qui concerne cette profession, à la différence des banques, la SNCF…), c’est l’État au dessus de l’État. Molins le sait mieux que quiconque, reconnaissons lui l’intelligence de s’adresser au souverain avec les formes qui conviennent…

2013, Molins aurait joué un coup de maître dans l’affaire Cahuzac…ou l’art de monter en épingle des banalités (Franck Johannès, du journal Le Monde)

François Molins a joué un coup de maître : le procureur de Paris, fragilisé depuis l’arrivée de la gauche, a pris, en ouvrant mardi 19 mars une information judiciaire dans l’affaire Cahuzac, une sérieuse assurance-vie pour l’avenir. Il était risqué, sur la seule foi des articles de Mediapart, d’ordonner le 8 janvier une enquête préliminaire sur le compte en Suisse présumé du ministre du budget. http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/03/21/affaire-cahuzac-comment-le-procureur-molins-a-gagne-son-assurance-vie_1851534_3224.html

Fragilisé depuis l’arrivée de la gauche ?! Cet article a été publié en mars 2013, tandis que Hollande a été élu en mai 2012 : 9 mois pendant lesquels Taubira aurait pu muter Molins, mais qui ne l’a pas fait. Sur la seule foi des articles de Mediapart ?! Quasiment toutes les affaires politico-financières viennent de là, d’une part, et il y avait une preuve, l’enregistrement, d’autre part. Quant au coup de maître de récolter une (soit disant) assurance-poste en ouvrant une enquête préliminaire (acte de procédure banal), il a seulement attrapé la perche tendue par Médiapart, sous une pression médiatique qui le lui imposait de toute façon, autant qu’au gouvernement. Et dire que ce sont les cadres supérieurs qui s’abonnent à ce journal…

2015, Molins s’offre une tribune dans le New York Times pour dénoncer le fait que le chiffrement des données rend la « justice aveugle ».

Au vu de certains actes de la carrière de Molins, énoncés plus haut, il n’est pas particulièrement crédible pour recommender plus de contraintes liberticides. Quant à pourchasser les terroristes, ça faisait environ 3 ans qu’il dirigeait le parquet de Paris, quand survînt, le 13 novembre 2015, l’attentat de Paris…

Épilogue

Molins s’exprime dans le NYTimes comme si nous étions dans un régime de démocratie qui devrait consentir quelques sacrifices au nom du bien commun. Les Français ne se font plus d’illusion sur la politique, mais ils sous-estiment encore le caractère abitraire et totalitaire du modèle judiciaire français. Pourtant les preuves sont devant nos yeux. Songeons au rebondissement dans l’affaire Kerviel mettant à jour une enquête truquée en vue de blanchir ses supérieurs. La justice a été aveugle, par soumission à des commanditaires hauts placés. On apprenait en octobre 2015 qu’elle ne reviendrait pas sur cette bavure . « Mon adversaire c’est la finance », pérorait Hollande en 2012. Il manquait un attentat terroriste pour effacer de la mémoire collective cette trahison… Plusieurs organisations, dont les Nations Unies en 2003, dénoncent l’obstruction de dossiers de pédocriminalité (exemple, le fichier Zanvoort). « Des responsables, mais pas de coupables » (1), dans le scandale des contaminés par l’amiante (100,000 décès prématurés d’ici à 2030). Etc.

Les faits sont édifiants à qui veut bien les regarder, mais à justice aveugle, peuple myope, et les médias s’arrangent pour le conforter dans ce handicap. Ainsi, de Montgolfier, dont le testatement de 40 ans de carrière est terrifiant (littéralement, « j’ai peur de la justice »), doit-il se contenter des médias régionaux pour faire la promotion de son livre (2). Tandis qu’un Philippe Bilger, lui, est invité par C dans l’air à s’exprimer sur les dérives judiciaires, où il déclare : « On peut reprocher beaucoup de choses à la magistrature, pas d’être corruptible ». Cette différence de traitement nous ramène à l’éternelle question du manque d’indépendance des médias (3).

(1) La formule avait été inventée pour blanchir Fabius du sang contaminé. Il est prévu qu’il siège au Conseil constitutionnel.

(2) De Mongolfier avait aussi eu peur pour lui même, comme procureur du tribunal de Nice, s’étant entiché de la lubie d’y chasser les franc-maçons qui en avaient pris le contrôle. La suite laisse pantois : l’inspection des services judiciaires avait recommandé au garde des sceaux de le destituer, au motif qu’il causait des troubles !

(3) Novembre 2015, Un décret de Pellerin prive Valeurs Actuelles Minutes de subventions à la presse. Ces aides sont interdites par le droit communautaire. Toute partie lésèe, entreprise ou consommateur, peut porter plainte auprès la Commission.

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3 thoughts on “Un amour de procureur Molins, ou la presse au service de l’État”

  1. «2015, Molins s’offre une tribune dans le New York Times pour dénoncer le fait que le chiffrement des données rend la « justice aveugle ».»

    Nouvel attentat, même bouc émissaire, sous une nouveau nom:

    Dans la foulée des attentats de Bruxelles, le ministre de l’Intérieur[, Bernard Cazeneuve,] a mis en accusation, à l’Assemblée et au Sénat, le «Darknet» et les «messages chiffrés». […] Quand, de l’aveu d’un analyste du renseignement français, «les agents sont noyés physiquement par des milliers de données», et qu’«il n’y a plus de capacité de compréhension stratégique de la menace jihadiste», le nœud du problème est très manifestement ailleurs.

    http://www.liberation.fr/futurs/2016/03/24/bernard-cazeneuve-s-enfonce-dans-le-darknet_1441747

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  2. «2013, Molins aurait joué un coup de maître dans l’affaire Cahuzac…ou l’art de monter en épingle des banalités (Franck Johannès, du journal Le Monde)»

    PanamaLeaks oblige, une mise à jour sur ce point: «un amour de procureur Molins», selon l’expression du nº2 de Libé, Johan Hufnagel, aurait-il étouffé l’affaire du compte suisse de Fabius?

    «Tout était parti d’un témoin de l’affaire Jérôme Cahuzac. Ce dernier avait affirmé lors d’un procès-verbal [en 2013] que le ministre français des affaires étrangères et sa famille détenaient un compte bancaire en Suisse, plus précisément à Genève via la banque Pictet, et non déclaré au fisc français. […] Pourtant, [deux ans après,] aucune enquête préliminaire n’a été ouverte depuis pour établir l’existence ou non de ce fameux compte. La raison? Le Parquet du procureur de la République, qui avait amorcé l’enquête sur Jerôme Cahuzac, et le Parquet national , crée par le gouvernement français, se renverraient la «patate chaude»»

    Rappel:

    Nommé le 26 juin 2009 directeur de cabinet du ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie5. Il est maintenu à cette fonction par son successeur Michel Mercier. En novembre 2011, il est nommé procureur de la République près le tribunal de grande instance de Paris

    http://www.tdg.ch/economie/enquete-suisse-fabius-enterree/story/28075148

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    1. Fabius, compte secret en Suisse: l’affaire aurait été classée en décembre 201[4]. En résumé, le témoin, un banquier suisse, a rétracté ses accusations contre les politiques français. Selon le Canard Enchaîné c’est un mythomane, selon Arfi de Médiapart, il a dit ce que les autorités suisses voulaient entendre pour éviter la prison, ces [dern]ières l’ayant interpell[è] pour violation du secret bancaire. Reste que les pistes du CE et de Médiapart quand au compte en suisse de Fabius ne sont pas les mêmes (banque Pictet et Crédit Suisse, respectivement, comme dépositaires du compte secret).

      http://www.arretsurimages.net/breves/2015-04-08/Compte-presume-de-Fabius-en-Suisse-classement-sans-suite-id18801

      En janvier 2016, Thomas Fabius, le fils, était mis en examen pour faux et usage de faux dans le cadre d’une enquête pour faux, escroquerie et blanchiment [de fraude fiscale].

      http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/les-rendez-vous-de-thomas-fabius-avec-la-justice-en-quatre-dossiers_1758974.html

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