FOGiesbert: la francisque de Mitterrand, un détail

giesbert_franz_olivierNous reproduisons dans ce billet un extrait de l’Omertà française, publié en 1999 aux éditions Albin Michel, qui dénonce l’imposture du livre de FOG sur Mitterrand; livre publié suite à la divulgation tardive  del’implication de l’homme d’État dans le régime de Vichy. FOG a été directeur de plusieurs grands journaux (1), notamment Le Point. À ce titre, il a soufflé le chaud et le froid sur la vie politique (récemment, « comme une envie de Juppé », dont il occulte naturellement le casier judiciaire), tout en vouant un culte à la pensée unique (avec pour meilleur ami Alain Minc…). Dans un monde journalistique grand public dominée par quelques magnats (Dassault, Bouygues…), et généreusement subventionné par le ministère de la culture (2), sa carrière l’aurait-elle propulsé dans les hautes sphères, s’il avait fait preuve, ne serait-ce que d’esprit critique, envers les idéologies dominantes que sont la financiarisation de l’économie, la marche forcée de la construction européenne etc ?

L’omertà au service des puissants sévirait dans la presse grand public ? Du moins le livre incriminé en fournit un exemple caricatural, et soulève une autre controverse. Présenter la francisque de Mitterrand comme «un détail» (en référence à une allusion controversée de JMLP), ce que s’est employé à faire FOG, est une atteinte à la mémoire de la Shoah. Si le travail de blanchiment de FOG avait porté non sur Mitterrand mais un dignitaire nazi, cela lui aurait valu les foudres des biens pensants («cerveau malade»), et l’exclusion immédiate et définitive du microcosme parisien. Et pourtant il n’a, semble t-il (nous n’avons pas fait de recherche approndie), jamais été importuné (3). Morale à deux vitesses? Le livre de FOG date un peu, mais s’agissant de faits imprescriptibles, il est toujours temps, au mimimum, de lui demander ce qui lui est passé par la tête, afin de vérifier que ce n’est pas un «cerveau malade». Mais bien sûr, l’omertà  veille à ce que cela ne se produise jamais. Il ne manque plus que la censure préventive des «cerveaux malades» (4) pour que le système de vigilance de la morale à deux vitesses soit parfait…

Voici l’extrait annoncé plus haut (rappel : l’Omertà française, 1999) :

« Faut-il lui aujourd’hui faire grief [à Mitterrand] d’avoir travaillé quelques mois pour Vichy ? » s’interrogeat FOG, alors au Nouvel Observateur dans une biographie qui fera date. Invoquant l’itinéraire troublé d’un gaulliste comme Couve de Murville —passé de Pétain à Giraud, puis de Giraud à De Gaulle !—, le journaliste répond catégorique : « ce serait injuste ». D’ailleurs la Résistance, écrit-il, « Mitterrand la cherche ». Il a mis du temps à la trouver, entre un passage au Commissariat à l’information—organisme de propagande où on rédige des fiches sur les opposants—et autre, plus long, au Commissariat aux prisonniers de guerre. Aujourd’hui au Figaro, Giesbert défendait alors avec conviction cet itinéraire complexe. Cette critique, dit il dans son livre, « est contredite par le faits ». Lesquels ? C’est simple : « il soufflait sur le Commissariat un esprit de résistance. » Ah bon ! Le futur président écrit un article dans une revue modeste à laquelle contribuaient des pétainistes patentés, voire antisémites ? Réponse : « la forme est obscure, la pensée anodine. » Mais il y a un dernier obstacle pour faire de Mitterrand un authentique résistant : la francisque. Cette décoration, il fallait la demander et elle n’était accordée qu’aux fidèles du Maréchal. Celle de Mitterrand porte le numéro 2202. « Devant les attaques sur sa prétendue collaboration, écrivait Giesbert, il est toujours resté silencieux » Sa logique ? « Il estime à bon droit qu’il n’a de compte à rendre à ses détracteurs » A bon droit ? Au nom de quoi l’ancien collaborateur du régime de Vichy se dispensait-il de répondre aux questions gênantes ? Quant à « son passé qui ne serait pas sans tâches, poursuivait le journaliste, qu’ils le prouvent » Et le biographe tranchait : « Cabré contre le nazisme le Mitterrand de la résistance a cherché à satisfaire son goût de l’absolu pour le combat collectif. » Admirable défense d’un homme compromis. Il est seulement dommage que son livre ait contribuer à banaliser cet épisode peu glorieux et à lui fabriquer son image d’homme de gauche. »

Notes :

(1) 1985, directeur de la rédaction du Nouvel Obs ; 1988, directeur des rédactions et membre du directoire du Figaro ; 2000, directeur du Point ; 2014, quitte la direction du Point, où il continue de tenir une une chronique. Il anime plusieurs émissions de télévision, notamment Les grandes questions, sur France 5, où l’on débat de questions philosophiques, par exemple « l’espoir faire vivre ». Source.

(2) 2009-11 : sur la période Frédéric Mitterrand a débloqué 5 milliards d€ pour la la presse écrite ; 2015 : Fleur Pellerin maintient la volonté de réserver les subventions à la presse écrite.

(3) La même question se pose à l’égard de certains, qui caviardent grossièrement la mise au service des notaires à l’aryanisation économique sous Vichy. En particulier, Alain Moreau, notaire honoraire à la Rochelle et Pdt honoraire de l’institut international de l’histoire du notariat, publie dans Les Échos du 9 mars 2015 un article retraçant l’histoire du notariat ; histoire qui fait l’impasse sur 40-44, au point de situer la création du conseil supérieur de la profession en 45, au lieu de 41.

(4) Un premier ministre qui demande à la plus haute cour administrative d’interdire un spectacle, et cette dernière qui éxecute dans l’urgence: c’est le retour de la censure, dénoncent certains juristes.
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5 thoughts on “FOGiesbert: la francisque de Mitterrand, un détail”

  1. Je suis d’accord, Mitterrand alias “Morland” a été un résistant dès 1943. C’est tout à son honneur.
    En 1984 il a su être le Président de tous les français. Un grand président.
    Chose que Hollande n’a pas su faire avec le Mariage Gay, manquant ainsi à son devoir de garant de l’unité de la Nation.

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    1. Si l’on veut réfuter ce billet, que l’on commence par s’en tenir à l’information centrale: l’imposture alléguée contre Giesbert autour de la participation de Mitterrand au régime de Vichy, paraphrasée dans le titre. Spécifiquement, qu’est-ce qui permettrait de réfuter le caractère fantaisiste de cette affirmation: «Il soufflait un esprit de résistance sur le Commissariat à l’information»?

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  2. Il est tout aussi absurde de reprocher un poème antimilitariste de jeunesse (le drapeau, 1924) à Jean Zay.
    Mitterrand a été et restera dans nos mémoires comme un authentique résistant.
    Comme beaucoup, après avoir cru en Pétain “sauveur de la France”, il entre en Résistance après l’instauration du STO et les premiers signes évident qu’une victoire des alliées est inéluctable.
    Cordialement,
    Etienne

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    1. En admettant que faire partie du premier cercle de Pétain était, de la part de Mitterrand, une erreur de jeunesse effacée par ses actions ultérieures, vous vous situez sur un autre plan que celui de Giesbert, et n’a donc pas valeur de réfutation de ce billet (relisez ma précédente réplique).

      De plus, votre phrase «il entre en Résistance […dès] les premiers signes évident[s] qu’une victoire des alliées est inéluctable» suggère fortement que ce ralliement était opportuniste. Peut-être cela vous a t-il échappé?!

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